Le Fesman ce festival de douleurs

Publié le par tamba

Le Président Abdoulaye Wade est un homme de tous les paradoxes. Un personnage hors norme qui nous aura, pauvre de nous, imposé toutes sortes de tortures morales durant dix années de pouvoir après nous avoir gaver de promesses dithyrambiques durant ses vingt cinq années d’opposition.

Après nous avoir gratifiés d’une montagne de pierres et de ferrailles prétentieusement appelée Monument de la Renaissance Africaine, le voilà maintenant occupé à nous noyer dans un océan de douleurs sous le vocable désopilant de Festival Mondial des Arts Nègres.

Là c’est maintenant certain et officiel le Président Abdoulaye Wade n’entrera plus dans la légende de ces grands d’Afrique qui nous procure tant de bonheur et de fierté.

Le bloc communiste s’est effondré pour avoir, contre le bon sens, tenté vainement de détruire l’homme de son temps au profit de l’homme hypothétique de ses utopies.

Abdoulaye Wade sort de l’histoire pour s’être entêté de conduire son peuple dans le dénuement le plus complet au profit de ses rêves personnels et confus d’un homme incapable de se détacher d’un passé difforme et abrutissant.

Hier plus de soixante milliards ont été dilapidés pour ériger un temple d’incompréhension sur les flancs des mamelles, aujourd’hui, plus de trente milliards sont engloutis pour rouvrir des plaies mal cicatrisées d’un peuple meurtri et humilié par plus de trois siècles d’esclavagisme et deux siècles de colonisation. Pendant ce temps des millions de sénégalais restent plongés dans le noir, faute d’électricité, des millions de jeunes restent sans avenir faute d’assistance, des millions de femmes et d’enfants sont mortellement menacés par la faim et par le paludisme faute de ressources suffisantes.

Pourquoi, lorsque je pense au Président Wade, en ces temps où il me force à me souvenir du saccage de nos identités d’africains,  mon esprit me renvoi-t-il, toujours, vers ce sourire de lâcheté face aux misères d’un nègre rencontré dans un métro parisien, que nous confessait le poète Aimé Césaire dans son cahier d’un retour au pays natal ? Pourquoi je ne parviens pas, non plus, à détacher mon esprit de l’appréciation que feu le Président Ahmed Sékou Touré avait faite des premières éditions de ce Festival des Arts Nègres, quand il disait que c’était un Festival de sales nègres ?

Sans doute parce que cette troisième édition du Festival Mondial des Arts Nègres est pour moi une véritable souffrance et une source de colères contre tant de médiocrités et d’insouciances coupables d’un vieillard déconnecté du réel et des préoccupations de son peuple.

J’aurai pu attendre que nos hôtes aient quitté notre pays pour dire mon dégout personnel de cette manifestation mais face à une absence totale de sens et de cohérences dans les activités qui se déroulent ou qui sont annulées, toute retenue serait  synonyme de complicité avec  des organisateurs incompétents et un inspirateur déphasé.

Car disons-le, tout net, le festival Mondial des Arts Nègres fut et reste un outil au service de ceux qui ont attenté à notre dignité collective. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu d’arts nègres. Mais il y a un art universel qui décrit des espérances, des angoisses, des joies, des peines et des révoltes de personnes qui se donnent comme missions de témoigner sur leur époque en la sublimant.

Le concept d’art nègre est né de l’imagination d’esprits malades, étroits et naïfs qui par cette alchimie poursuivaient la colonisation de nos esprits rebelles et la destruction de nos fiertés nationales. En initiant la troisième édition du festival Mondial des Arts Nègres, le Président Wade a choisi son camp celui des colonisateurs d’hier, celui des esclavagistes d’avant-hier et il nous aura fourni la preuve que l’on attendait pour comprendre son incapacité à résoudre nos problèmes collectifs les plus saillants. Son regard sur son peuple est celui d’un étranger, pire le regard de celui qui n’a que mépris pour les siens.

Sinon, comment comprendre, alors, l’entêtement du Président à organiser une manifestation à dimension mondiale sans préparation sérieuse et sans avoir, au préalable, penser aux souffrances quotidiennes de nos populations ?

Plus de trente milliards de francs CFA vont être engloutis en trois semaines, soit un milliard cinq cent million de francs CFA par jour.

Qu’aurait-on pu faire avec cet argent ?

On aurait pu, par exemple, financer dix mille petits projets, à raison de trois millions de francs cfa chacun,  capables de générer plus de trente mille emplois directs ; on aurait pu, aussi, couvrir le déficit de la sénélec durant dix mois d’affilés et permettre, ainsi, un fonctionnement correct de l’économie nationale. En lieu et place on va faire un tintamarre insensé, entraver le fonctionnement normal du pays et nous rappeler les moments sombres de notre passé sans pouvoir construire en nos cœurs de nouvelles espérances et de nouvelles jubilations.

Or un Festival sans joies, sans rires francs et sincères, sans  rêves, sans utopies, un Festival où chaque acteur déroule sa mission avec la peur de ne pouvoir être payé ou de travailler pour rien, un festival  qui se fait, avec luxe et faste pour les élites d’en haut, dans un pays où l’immense majorité de la population vit dans le dénuement le plus total et dans le manque le plus absolu, dans un pays où les délestages sont monnaies courantes, dans un pays où la fracture est béante entre le pouvoir et l’opposition, dans un pays où la jeunesse est livrée à elle-même sans aides et sans soutiens, dans un tel pays tout festival, de la nature de celle qui fait l’objet de nos propos, ne peut être que celui de la douleur, de la farce si ce n’est celui de la pure désolation.

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