Affaire Malick Noel Seck : la preuve que la justice sénégalaise est partisane !
Au cours d'un des grands rassemblements de l’opposition sénégalaise en 1989, à Niary Tally, quartier populaire de Dakar, Monsieur Amath Dansokho, le leader charismatique du PIT Sénégal, reconnaissait que l’histoire se développe, le plus souvent, par ses côtés déraisonnables.
Des années après, je continue de réfléchir aux implications d’une telle affirmation et sur ce qui peut justifier que pour aller de l’avant, la raison ou « la raisonnabilité » ne soit d’aucun secours à l’humain.
En attendant d’avoir une explication satisfaisante à ce paradoxe singulier, je suis amené à me rendre solidaire de la démarche de Monsieur Malick Noel Seck de la convergence socialiste.
Oui, ce n’était pas, de sa part, bien raisonnable d’aller au domicile du Président du conseil constitutionnel et ce n’est pas non plus convenable de proférer des menaces écrites aux cinq sages. Mais que voulez-vous ? Qui peut me dire ce qu’il reste à faire de « sensé » ou de « raisonnable » dans notre contexte national actuel ?
Le Président Abdoulaye Wade, en sa qualité de Gardien de la constitution, a été le premier à créer le malaise et à désigner les cinq sages comme les seuls futurs responsables de sa forfaiture politique. Car, pourquoi faut-il se refugier derrière le conseil constitutionnel pour légitimer une position politique insoutenable?
Le Président Abdoulaye Wade ne peut pas se présenter en 2012 pour un …troisième mandat. Il le sait, pour l’avoir lui-même dit, il en est convaincu, pour n’avoir, à ce jour, produit aucun argumentaire sensé pour étayer sa position actuelle.
Dès lors, les sénégalais devraient, pour rester raisonnables, accepter que cinq personnes ordinaires leur disent ce qu’ils savent tous déjà, c’est-à-dire que le Président Wade ne peut pas se représenter en 2012, (première hypothèse) ou ce qui serait inacceptable (sauf pour des sénégalais sans aucune dignité autre que celle de l’esclave), c’est-à-dire que le Président aurait droit à un troisième mandat (deuxième hypothèse).
Or aucune de ces hypothèses n’est acceptable : il appartient au peuple de dire clairement qu’il refuse que le Gardien de sa Constitution s’amuse avec les prérogatives à lui confiées, c’est, en effet, au peuple, pris dans toute sa diversité qu’il revient de faire barrage et « pression » pour que son destin ne soit pas tiré à la loterie des raisons d’état ou tout simplement pécuniaires.
Malick Noel Seck et ses camarades de la convergence socialiste ont, donc, raison de bouger, de prendre des initiatives pour dire leur rejet d’une situation d’incertitudes et de compromissions possibles.
Leur façon de s’y prendre peut être sujet à discussion, mais, à mon humble avis, leur courage et leur patriotisme sont à saluer. Et pour moi, il n’y a qu’une seule façon de leur rendre justice : faire échec aux projets politico juridiques qui visent à priver Malick Noel Seck de sa liberté à combattre l’inacceptable.
C’est dans cette logique que je m’insurge contre la réaction du procureur de la République et celle du Président de l’Union des Magistrats du Sénégal (UMS) qui semblent conforter l’idée que l’on ne peut absolument pas faire confiance, à priori, aux cinq juges du conseil constitutionnel.
Le Procureur de la République a largement de quoi s’occuper et de se rendre utile avec tous ces scandales qui se produisent, à longueur de jour, venant des tenants du pouvoir actuel. Mais il préfère faire le mort, le sourd ou l’aveugle par peur de la survenue de je ne sais quelle calamité sur son honorable personne.
Il ne pourra jamais convaincre les sénégalais, les plus lucides que son empressement à « inculper Malick Noel Seck» n’est pas suspect et « téléguidé » par des mains partisanes blotties au palais.
D’ailleurs, il faut le craindre ou l’espérer, cette décision à jouer les zorros risque d’envenimer une situation déjà suffisamment pourrie et nauséabonde à souhait.
Quant au Président de l’UMS, je crois qu’il se trompe de combat, quand il fait montre d’une certaine forme de solidarité à l’endroit des cinq juges, solidarité qui l’amène à s’offusquer devant le sentiment, pourtant légitime, qu’il perçoit comme une manière de croire que les magistrats seraient moins courageux que d’autres. Votre honneur, nous sénégalais, avons tout lieu de croire que nous n’avons pas assez de bons juges, dans notre pays, qui aient le sens de l’honneur, de la dignité et le courage de dire le droit rien que le droit, selon ce que leur conscience et leur science (et uniquement cela) leur commande.
Sinon, comment comprendre, monsieur le Président de l’UMS, que lorsque le Président Wade à eu maille avec son premier Ministre d’alors, Monsieur Idrissa Seck, votre organisation ait organisé un séminaire à Saly Portudal pour poser des revendications sur sa table ? Comment comprendre que les cinq sages, eux aussi, aient eu la géniale idée d’organiser un autre fameux séminaire dans un luxueux hôtel dakarois pour, fort opportunément, posées des revendications corporatistes.
Alors de qui se moque-t-on, dans ce pays, lorsque l’on peut décider, avec tant de légèretés et de suffisances, de priver de liberté, pour un oui pour un non, des citoyens d’avec qui on partage, tout de même, la même nationalité et le même destin ?
Car peut-on et devrait-on oublier que les luttes et les combats menés par les acteurs politiques comme Monsieur Malick Noel Seck, contribuent à nous grandir tous, à construire, davantage, la dignité nationale, sans quoi nos destinées collectives resteront à jamais synonymes de médiocrités et de servilités immondes.
Au demeurant, les fausses indignations doivent cesser, juges comme citoyens devraient prendre la pleine mesure des responsabilités collectives et individuelles et se consacrer à l’essentiel.
Et de ce point de vue, le seul combat qui vaille la peine d’être menée, aujourd’hui, par tous les hommes d’honneur est de contraindre le Président Wade à renoncer à son dangereux projet de se représenter pour un troisième mandat.
En libérant Malick Noel Seck, les juges donneraient une chance aux solutions politiques et pacifiques.
Mais en le condamnant ils ouvriront la boite à pandore en exprimant, clairement, leur option d’obéir, sans état d’âme, aux ordres d’un exécutif qui s’éloigne, de plus en plus, de la défense de l’intérêt national.
Dans ce dernier cas, la confusion serait aisée dans certains esprits, de faire de chaque juge une cible.
Telle est la grande menace, mais celle-ci ne viendrait pas de Monsieur Malick Noel Seck mais, ne le souhaitons pas, de certains juges eux mêmes.
Que Dieu préserve le Sénégal
Mais pas au prix de notre indignité collective